En guerre avec Bégaudeau

Qui dit septembre dit rentrée et ça n’est pas qu’une histoire de cahiers : les étals des libraires sont désormais foultitudes de nouveautés en tout genre, dont une que j’attendais particulièrement. Laquelle me répondras-tu ? Le Bégaudeau nouveau, cru 2018. Un Bégaudeau cette année En guerre . Et autant dire que c’est sans doute le meilleur que le monsieur ait signé jusque-là.

Radicalement incompatibles

Louise et Romain vivent dans la même ville, à quelques kilomètres l’un de l’autre. Pourtant, ils ne sont jamais rencontrés. Lui est cadre supérieur, stéréotype même du bobo, et vit dans un quartier propret du centre-ville. Elle est ouvrière, habituée au travail peu rémunéré et peine à payer sa maison en périphérie. Rien ne devait provoquer cette rencontre. Rien, si ce n’est une suite de hasards et de déconvenues qui forcent Romain à sortir de ses habitudes et de son cercle de vie pour le pousser dans les bras de Louise. Les contraires s’attirent dirons-nous, mais qu’en est-il lorsque les classes sociales nous opposent ? Quand le quotidien de l’un est aux antipodes de celui que mène l’autre ?

En guerre et contre tous

François Bégaudeau a donc encore frappé, et cette année au plus juste avec son nouveau roman En guerre. Si la formule n’est pas sans rappeler celle qui fût martelée après les attentats de 2015, l’auteur nous rappelle surtout que la guerre est ailleurs, permanente. La guerre, c’est celle que vit Louise au quotidien et dont prend seulement conscience Romain. La guerre, c’est celle que mène ta mère pour trouver un job, même le plus merdique, puisque traverser la rue ne suffit pas. La guerre, c’est celle que mène ton père pour que l’usine dans laquelle il taffe depuis 20 ans ne ferme pas dans l’indifférence (et la joie). C’est cette guerre permanente et invisible aux yeux de certains que dépeint François.

En bref

Intelligent et bien écrit, ce qui ne va pas toujours de paire, François Bégaudeau nous fait réfléchir à  travers un couple qui se veut nécessairement voué à l’échec quant aux différences sociales et les trajectoires que celles-ci dessinent pour tout un chacun, le tout avec ce soupçon de cynisme que l’on retrouvait il y a vingt ans sur les skeuds des Zab’. Et rien que pour ça, on en redemande.

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